8, 9 et 10 novembre 2014, 45ème Congrès de l’UC à Tiaoué-Koné

T5Le 45ème congrès de Tiaoué-Koné restera certainement un des congrès marquants de l’Union Calédonienne, à la fois parce que des décisions importantes y ont été prises, d’une portée historique pour le pays, et parce que le mouvement a réaffirmé son unité, donnant tort à tous ceux qui misaient sur d’éventuelles divisions internes.

 

Les militants de 29 comités locaux sur 32 avaient fait le déplacement dans la région Païci-Cemuki pour participer au 45ème congrès du mouvement, qui a pris un relief particulier car il s’est déroulé dans l’année des 30 ans du FLNKS et parce que la tribu de Tiaoué a accueilli le 6ème congrès de l’Union Calédonienne il y a 51 ans.

 

La maison commune et l’abri construit spécialement par les gens de la tribu ont accueilli les 400 congressistes pour trois jours de réflexion, attendus par tous, car l’enjeu était de poser la stratégie et les moyens du mouvement pour agir au mieux des intérêts du pays et des Calédoniens, alors que nous sommes entrés dans le dernier mandat de l’Accord de Nouméa.

 

Comme de tradition, la parole fût d’abord donnée aux gens de la région soit le maire de Koné Joseph Goromido et le représentant du comité local de l’UC. Les propos du maire de Koné furent appréciés car son discours laissait entrevoir que l’Union Calédonienne et le Palika pouvaient retrouver la voie d’un dialogue constructif. Puis, honneur aux invités, ce fût au député M. Omarjee que l’Union Calédonienne a contribué à faire élire au Parlement européen et du leader tahitien Oscar Temaru arrivé deux jours plus tôt en compagnie de M. Anthony Geros, ancien président de l’Assemblée territoriale de Polynésie française, pour répondre à l’invitation de l’UC. Comme à son habitude, le ton du président du Tavini a été direct : « il ne faut pas se laisser intimider par l’Etat français, il faut y aller… » disant par là qu’il ne faut plus hésiter à aller au bout du processus de décolonisation et accéder à la pleine souveraineté.

 

La matinée du samedi fût consacrée à une assemblée plénière autour du thème de l’Assemblée référendaire qui avait été proposé un an plus tôt par le Président Daniel Goa. Le temps n’était plus à s’interroger sur l’utilité de mettre en place cet outil, tous les participants étaient convaincus qu’il s’agit d’une bonne méthode pour préparer l’accès du pays à la pleine souveraineté. Les intervenants se sont plutôt penchés sur les conditions à réunir pour que tous les indépendantistes adhèrent à cette proposition et pour que l’Assemblée Référendaire deviennent le lieu où toute la classe politique calédonienne, mais aussi toutes les forces vives de la société, viendront poser les bases de la nouvelle nation.

 

L’après-midi fût le temps des ateliers « foncier », « justice », « mines-métallurgie » et « Organisation de l’UC et FLNKS » et après le repas, les délégués ont procédé à l’élection du bureau 2015. Très vite, une tendance s’est affirmée : la grande majorité des comités locaux ont fait le choix de la continuité tout en cherchant, autant que possible, à ce que toutes les régions du pays soient représentées. Tous les membres du bureau ont été élus au premier tour, démontrant ainsi que les militants veulent une stabilité, indispensable pour faire face aux enjeux de la période dans les meilleures conditions. Un message révélateur de la maturité politique d’un mouvement qui a su faire face à bien des épreuves.

 

La journée du lundi ne fût pas moins studieuse puisqu’elle fût consacrée à la discussion sur les motions et résolutions de ce 45ème congrès, chaque expression, chaque terme ayant été bien pesé pour ne pas trahir les positions ou les attentes de l’Union Calédonienne.

 

Puis vint le temps de clôturer ce congrès de Tiaoué qui fera date par la richesse de ses échanges, entre des participants nombreux et actifs. Les partis frères – Parti travailliste, DUS, RDO – furent invités à se joindre à l’assistance et à partager le gâteau de l’amitié, une surprise concoctée par les gens de la tribu de Tiaoué. Un grand merci pour leur accueil et leur hospitalité.

 

Le discours du Président Daniel Goa

 

Cher(e)s congressistes, amis, invités, médias …

 

Pour commencer, donnons le temps de nous souvenir !… Compagnon de route de Jean-Marie Tjibaou, François Burck est, tout comme Charly, un de nos regrettés présidents. En 1989, au congrès de Maré, les structures du mouvement lui ont demandé d’endosser la lourde responsabilité de présider l’Union Calédonienne. Il l’aura assumée jusqu’en 1996. Mais, plus lourde encore, aura été celle de succéder à Jean-Marie. Il l’aura endossée avec honneur et dignité…

 

Pour honorer sa mémoire, comme celle du vieux, Kaehein Baptiste Lepeu et celle de tous nos militants disparus, je voudrais vous demander d’observer une minute de silence… Merci.

Militantes et militants de l’Union Calédonienne, bonjour !

 

Ce matin, en franchissant le seuil de cette grande tribu de Cèwé (Tiaoué), L’Union Calédonienne se fait petite pour adresser son respect et ses salutations aux deux chefferies de Poindah et Baco, à la section de base de Tiaoué, au comité local de Koohnê, et bien sûr à la région Païcî-Cèmuhi.

 

Berceau d’un de ces grands hommes qui ont, aux côtés de Jean Marie Tjibaou, en 1983, marqué le cours de notre histoire contemporaine. Aujourd’hui, ici, je pense à Paul Napoaréa. Simultanément membre de l’Assemblée territoriale et conseiller municipal… Paul Napoaréa est le premier Kanak à recevoir une formation agricole en France au sein des coopératives dans les années 63-66. Elu maire Union Calédonienne en 1970, son parcours politique et idéologique, nous fait prendre conscience que nous sommes ici, sur des terres marqués par l’originalité du combat que nos aînés ont gagnés et que nous, ici, nous devons de relever pour avancer.

 

Ici, à Koohnê, je tiens aussi à remercier les 2 chefferies de Poindah et de Baco pour le sacrifice des vies que vous avez offert à la reconnaissance de l’identité Kanak. Je fais référence ici, à la révolte du grand Chef Noël en 1917, qui nous attachent encore plus aujourd’hui car nous sommes tous des enfants de cette histoire commune.

 

C’est aussi ici, sur ce même lieu, qu’il y a 51 ans se tenait le 6ème congrès de l’Union Calédonienne, ici même où, les Calédoniens de souche se révélaient car l’Union Calédonienne prônait et continue de le soutenir la devise : « deux couleurs un seul peuple » !

Le temps est peut être venu, ici à Tiaoué comme ailleurs, de raccrocher ces pans de l’histoire à notre temporalité.

 

En validant les accords de Nainville-les-roches, ils nous ont légués une reponsabilité historique, parfois lourde : celle de construire, bon gré mal gré, jour après jour, instant après instant de chaque jour, le destin commun. Celle d’élargir un tout petit peu ce berceau pour faire de la place à celui qui est devenu à cet instant, à Nainville-les-roches, notre frère adoptif, parce que, aussi, victime de l’histoire de la déportation pour la colonisation française… Ici, comme à Tiendanite, ici, comme à Canala, aussi, beaucoup seront les témoins silencieux de nos travaux…

 

Je suis sûr que ces propos vous parlent, M. le maire de Koohnê. L’Union Calédonienne vous remercie de votre présence, et n’oublie pas de saluer aussi la mémoire de votre père : Antoine, qui, lui aussi militant de l’Union Calédonienne vous a forcément transmis ces valeurs.

 

L’union calédonienne adresse ses chaleureuses salutations à ses invités d’honneur et les remercie du plaisir de leur présence. M. Omarjee et M. Oscar Temaru, soyez les bienvenus !

 

2014, année de tous les objectifs, année de tous les espoirs…

Il y a quelques jours, j’étais invité au débat de Charlotte Risch. Il s’est trouvé que tous les participants avaient un projet politique pour l’après Accord de Nouméa. Comme nous… Qu’ils étaient prêts à le mettre sur la table de discussion avec les autres, indépendantistes compris, dans le but de recueillir le maximum de portage. Comme nous… C’était le bonheur ! Enfin tout n’était pas perdu !

 

Comment quelqu’un qui veut rester français peut-il porter un projet de société autre que celui de la France ? À moins que…, à moins que ? À moins que nous ne voulions tous la même chose… Serions-nous devenus tous indépendantistes sans le savoir ? Alors, ça voudrait dire que le fameux rapport 40/60 pourrait basculer? Mais comment ? Il vous appartient durant nos trois jours de travaux de permettre à notre congrès d’y répondre.

 

Notre congrès doit permettre à chaque calédonien de trouver les réponses à ses légitimes interrogations, il devra permettre à chaque calédonien de trouver les réponses qui apaisent chacun de ses moments d’incertitude.

 

Notre congrès, devra après nos travaux sur l’assemblée référendaire, nous proposer une équipe de rédaction dont la tâche consistera à écrire notre projet de société qui sera soumis pour adoption à un congrès extraordinaire à fixer vers le mois de juin/juillet. Dès son adoption par le congrès extraordinaire de l’UC, il sera soumis à nos partenaires du FLNKS durant tout le 2ème semestre 2015. Il fera l’objet d’échanges, débats, amendements jusqu’au mois de février 2016 où il sera soumis au congrès du FLNKS. Son adoption par chacun des membres du FLNKS emportera signature et donc adhésion et engagement à le porter, expliquer, défendre, promouvoir… Parce que dès 2016, il sera le contenu de notre panier de discussion avec nos partenaires politiques.

 

Il sera décortiqué pour que chacun de ses axes soit porté à la compréhension de la société civile lors de séminaires, conférences, colloques et autres instances de débat et échanges. Au terme de ce long périple qui pourrait aller jusqu’en 2017, nous devrions être prêts à aller au référendum.

 

Nous verrons bien si le rapport 40/60 n’a pas évolué en faveur de l’indépendantisme. Parce que, être non indépendantiste, n’a pas de sens dans un pays dont le destin à l’indépendance est inéluctable.

 

L’enjeu de notre projet est de montrer au Calédonien où est sa place et non de porter atteinte à ses convictions légitimes. Bien entendu, pour réussir ce pari, nous ne pouvons que nous appuyer sur nos structures dans un premier temps avant de compter sur tout le camp indépendantiste. Ce qui signifie que chacune de nos structures se doit d’être dynamique. Parce que le pire ennemi de ce projet, c’est l’incertitude.

 

Chacune des strates de la société calédonienne doit recevoir les réponses qu’elle attend. Ce projet, une fois rédigé, fera l’objet de séances et séminaires de formations internes.

 

Il faudra également renforcer le FLNKS pour un portage efficace du projet. Je propose que le congrès du mois de février soit l’occasion pour désigner un président du FLNKS. Je propose qu’il soit désigné dans les rangs de l’UC. Parce que le niveau de travail qu’exige un tel projet sera tellement intense qu’il nous faudra nous exprimer d’une seule voix, à l’intérieur du pays comme à l’extérieur. Mais nous aurons aussi besoin de toutes les mains, de tous les cerveaux et de toutes les forces indépendantistes. Je propose donc là aussi, que toutes les organisations politiques, syndicales, religieuses et autres qui, en tant que telles se reconnaissent indépendantistes intègrent la famille FLNKS.

 

Rappelez-vous le message du Congrès de Lifou : il vous faudra traverser les montagnes et les mers. Il vous faudra aller par monts et par vaux, dire au Peuple Calédonien qu’il s’apprête à relever le plus grand des défis jamais porté à son histoire : l’indépendance.

 

Ce message, plus nous serons nombreux à le porter, mieux il sera distillé dans la société.

Ce message, chaque souffle de vent devra le porter.

Ce message devra au moins être aussi visible que l’omniprésence de la clarté du jour.

Il doit être fort au point d’enfermer le véritable pro-français dans une espèce d’isolat total. Parce qu’en réalité ils ne sont pas si nombreux qu’ils le prétendent.

 

Le message de notre comité directeur de Kowé Kara, est d’atteindre les 40 000 adhérents de l’Union Calédonienne afin de substituer progressivement ses structures aux ramifications et lobby du pouvoir en place.

 

Nous devons faire progresser le rapport électoral de 40/60 à 70/30 et nous y parviendrons. Parce que beaucoup de Calédoniens sont des indépendantistes qui s’ignorent et ils ont envie de prendre part à la construction de notre pays.

 

Dans un tout autre domaine, 12 comités locaux sur 32 ont envoyé des jeunes au carrefour annuel. À l’avenir il faudra être vigilant car un comité local qui ne prépare pas sa relève est condamné à plus ou moins brève échéance à mourir de vieillesse. Et dans le portage du message, nos jeunes ont des moyens qui leurs sont propres qu’il ne faut surtout pas négliger.

 

Je voudrais aussi vous rappeler chers militants que tout à l’heure vous allez entendre les rapports. N’oubliez pas ce que j’ai dit à Houaïlou : si on vient parler pour se faire plaisir alors que le travail n’est pas fait sur le terrain, on ne fait pas beaucoup avancer la chose.

 

Quand je dis cela je pense aussi aux candidats que vous aurez à présenter sur les postes de nos différentes structures. On est candidat car on a fait le travail sur place. On ne va pas quémander aux Comités locaux le bénéfice du résultat du travail qu’ils ont accompli dans leurs Comités locaux respectifs. C’est faire preuve de manque d’honnêteté envers les militants.

 

Chères militantes et militants, je sais pouvoir compter sur votre esprit de rigueur et de discipline quant au respect des règles instituées par le comité organisateur et je vous n’en remercie.

 

Je sais aussi pouvoir compter sur votre capacité à fournir une haute réflexion inspirée par nos propres convictions. Durant ces trois jours, soyons libres de nos expressions et nos états d’âmes pour que ce 45ème congrès que je déclare ouvert, nous dirige, la tête haute vers la sortie de l’Accord de Nouméa.

 

Bon travail à toutes et à tous !

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Les motions du 45ème congrès

 


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